Le mot du président

Me revenant l’honneur de louer la francophonie, trame de notre association, qu’il me soit permis de le faire avec rigueur et enthousiasme !

ARRigueur tout d’abord. Au XIXème siècle finissant (1886), un géographe français, Onésime RECLUS, répute francophones « tous ceux qui sont ou semblent être destinés à rester ou à devenir participants de notre langue ». Noble aspiration pour ce Béarnais fils de pasteur que la santé vacillante contraignit à renoncer au métier des armes. En sorte que, depuis lors, il est de coutume d’affubler le terme d’un « F » majuscule quand sont invoquées les institutions qui régissent les relations entre pays francophones et membres associés, soit 80 au total, et d’un « f » minuscule lorsqu’il est fait état des seuls locuteurs, plus de 274 millions sur le globe, et trois fois plus attendus en 2050. L’Association Internationale des Economistes de Langue Française (AIELF) est donc doublement concernée : en tant qu’association, elle s’insère dans le maillage des organisations scientifiques qui promeuvent notre langue, et, en tant que groupement, elle réunit universitaires, chercheurs et hommes de culture qui réfléchissent, coopèrent et diffusent une pensée économique rivée à la passion de la langue de Molière.

La mission de l’AIELF est, à maints égards, enthousiasmante. D’abord, parce qu’elle instaure, élargit et renforce des liens universitaires et culturels aux fins de propager notre discipline, dans ses aspects humain, institutionnel et formel. Ensuite parce qu’elle participe au rayonnement de la recherche, contribue à l’élévation des niveaux d’éducation et incite les jeunes à s’investir. Enfin, parce que, en écartant toute pompe, elle prend sa juste part au rapprochement des peuples en affermissant leur perception mutuelle et en intensifiant des échanges propres à la compréhension de leurs cultures.

L’AIELF est une association d’économistes sans parti pris, respectueuse des convictions et de ceux qui les portent. Créée dans l’entre-deux-guerres, elle s’est évertuée, sous la houlette de prestigieux présidents, de s’acquitter de ses tâches avec ténacité et brio. Je tiens ici, me faisant l’avocat de tous les adhérents mais aussi à titre personnel, à rendre un hommage appuyé au professeur André PIETTRE, de l’Institut, qui fut un de mes maîtres et dont plus d’un économiste se souvient de la clarté et de la justesse de jugement, ainsi qu’au recteur Jean-Claude DISCHAMPS, désormais président d’honneur, auquel j’ai eu l’insigne honneur de succéder et qui, durant plus de trois décennies, a animé l’association avec une compétence redoutable et une infinie courtoisie.

A présent, c’est à demain qu’il nous faut porter nos regards. Les difficultés abondent, les défis se multiplient, les solutions sont de plus en plus ardues. A dire le vrai, l’économie politique doit explorer des champs dont l’étendue grandissante n’a de cesse de le disputer à une aridité souvent inquiétante. Aussi, passionnés par notre discipline, valorisons notre connaissance, suscitons des confrontations d’opinions, propageons des idées neuves tout en portant haut les couleurs de ce si beau langage qui est le nôtre. Voilà des orientations clairement affichées, un tantinet hardies, j’en conviens, mais qui restent à la portée de quiconque manifeste la volonté d’avancer chevillée à l’esprit. Pour les mener à bien, l’AIELF, fusion d’une diversité culturelle dans le creuset d’une communauté d’intérêt, s’ingéniera à les mener à bien. En ce sens, comptez sur moi, comme je sais pouvoir compter sur vous.

Alain REDSLOB

Professeur à l’université Panthéon-Assas (Paris 2),

Président de l’AIELF